La vie rêvée des enfants de Rockampton

C’est sous un soleil magnifique que mon bus est parti d’Airlie Beach. Un jour après mon excursion pluvieuse, il est venu me narguer mesquinement.

J’ai passé la journée dans le bus. J’avais de quoi m’occuper, lecture, films, séries, écriture… mais j’ai été trop feignante pour faire quoi que ce soit. J’ai dormi un peu mais j’ai surtout passé le temps à regarder défiler le paysage. J’aurais pu faire ça encore des jours. Voir l’Australie derrière une fenêtre de bus en écoutant la musique est une activité dont je ne me lasse pas.

Je suis arrivée à Rockampton alors que la nuit était déjà bien tombée. Là-bas une grosse voiture m’attendait et devant celle-ci, je fis la connaissance de Michaela. Ma première impression fut très bonne. Je découvris une femme de 35 ans, le regard plein de gentillesse. Elle est douce et assez discrète Tout ce que j’aime. J’aurais l’occasion de constater quelques jours plus tard qu’elle a aussi beaucoup d’empathie. A l’intérieur de la voiture, je rencontrais une horde de petites têtes blondes issues d’une famille recomposée, quatre enfants : trois filles, un garçon.

La maison des Morrison est à 15 minutes de la ville. Ils sont propriétaires d’une petite ferme typique du Queensland. J’ai été un peu déçue de constater que je n’avais pas ma propre chambre. En revanche, il y a le wi-fi et heureusement car sans ça, je n’aurais pas internet.

Je ne fais pas encore la connaissance de Scott, le père. Ce dernier travaille à la mine 4 jours sur 7. Michaela est donc souvent toute seule pour s’occuper de tous ses bambins et… d’une quantité d’animaux. Chevaux, vaches, cochons, chiens, chat, poules, poissons, tortue et perroquet viennent compléter le foyer.

Cet endroit est un vrai paradis pour enfants. De l’espace, la nature, une météo idéale, toutes sortes d’animaux, une cabane dans un arbre, une balançoire, des quads, des vélos, pleins de recoins pour se cacher, d’autres enfants pour jouer… et surtout, la liberté. J’ignore s’ils sont conscients de la chance qu’ils ont. Leur indépendance m’a au début beaucoup impressionnée. Leur mère les a rendus vite autonomes. Ils peuvent disparaître dans la nature pendant des heures sans qu’elle ne se soucie de leur absence. Il est impossible pour elle d’être derrière chacun d’eux pour s’assurer que tout va bien. Elle leurs a appris à l’aider quand elle avait besoin d’eux et à ne pas rester dans ses jambes quand elle était occupée.

La plus jeune, Katy, 1 an et demi marche, court et grimpe partout. Elle se promène les pieds nus dans la boue, la paille et le crottin de cheval. Elle est toujours sale et ça ne pose aucun problème à personne. Elle donne des claques à un cheval gigantesque parce qu’il boit dans l’abreuvoir dans lequel elle joue et où elle pourrait tomber la tête la première. Elle slalome entre les chevaux et passe à seulement quelques centimètres de leurs pattes arrières. Elle escalade les palissades et manque de peu de se cogner la tête. Je la vois porter à sa bouche tout ce qui lui passe sous la main (peinture, terre, brosse à dent abandonnée dans le crottin, l’eau de l’abreuvoir…) et j’imagine à quel point son système immunitaire doit être sur-renforcé. Jamais ces enfants n’ont eu un jour besoin d’aller en urgence à l’hôpital. Un jour cependant, deux chevaux se sont cabrés, Katy est tombée, et son visage a été sérieusement égratigné.

Katy n’a pas de doudou mais parfois elle a un perroquet. Fred et elle s’entendent vraiment bien. Chaque matin, quand elle n’a pas dormi avec lui, elle vient se poster près de la cage et attend qu’il vienne se percher sur son épaule. Pour une raison que j’ignore, il ne peut pas voler. Il cherche donc toujours une épaule hospitalière pour être baladé à travers la maison. Il a la fâcheuse habitude de pincer fort avec son bec tout ce qu’il peut attraper. Il fait mal parfois, c’est une sale bestiole mais il est terriblement attachant.

fred_katy

Kaiya est l’ainée. Elle a 9 ans et conduit déjà le quad avec une habilité déconcertante. C’est une très jolie fille et une cavalière hors pair. Elle m’a emmenée derrière elle à travers la carrière pour ramener les chevaux dans la ferme. Je n’aurais jamais cru que j’aurais été amenée plus tard à devoir le faire toute seule.

Kaiya

Kelsey a également un avenir prometteur dans les concours hippiques. Du haut de ses quatre ans elle est capable de monter à cru un double poney avec beaucoup d’assurance. C’est une sacrée chipie mais elle est mignonne. Elle jacasse beaucoup et rit toujours de bon cœur. Il m’est en revanche quasi impossible de communiquer avec elle. Sa mère m’a expliquée qu’elle remplaçait la première lettre de chaque mot par un T.

kelsey_cru

J’ai retrouvé ici les parfums familiers qui me rappellent des moments de mon enfance en centre équestre. La senteur du cuir, les effluves de crottin et l’odeur du cheval. J’adore ! Je dois maintenant me familiariser avec le vocabulaire équin en anglais. Je me suis rendue compte que j’en avais oublié une bonne partie en français. 3 jours après mon arrivée je suis montée à cheval. J’ai dit à Michaela que je n’étais pas remontée depuis 5 ans. Je crois que ça fait bien plus longtemps que ça. J’ai écouté ses instructions avec beaucoup d’attention. Comme-ci c’était la première fois. Après quelques tours de piste au pas, je n’ai pas pu résister à l’envie d’accélérer la cadence. Je suis donc passée au trot et je me suis rappelée qu’avoir une bonne assiette n’avait jamais été mon fort. J’ai quand même eu droit à des compliments de la part de ma formatrice et ça m’a beaucoup flattée. Quelques jours plus tard, je suis passée au galop.

Pocahontas

Le soir même, je rencontrais le dernier membre de la famille : Scott. Je l’ai accueilli avec l’une des crêpes que j’avais passé la soirée à faire. Il m’a semblé sympathique même si nos premiers échanges ont été un peu laborieux. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours besoin d’un petit temps d’adaptation avant de pouvoir communiquer en anglais avec une personne tout juste rencontrée.

Ce week-end, nous partons camper à proximité de Rockampton. Il y a concours hippique samedi et toute la famille participe. Nous mettons les chevaux dans le camion et nous roulons quelques kilomètres jusqu’à un grand terrain sur lequel va avoir lieu l’évènement. La sœur de Michaela nous rejoint avec ses enfants.

Kelsey et son père Scott

Kelsey et son père Scott

Michaela

Michaela

Nous partons chercher du bois. Ça me rappelle les bons moments en road trip où nous devions faire un feu tous les soirs. Mais contrairement à Alexis, Scott a une méthode un peu barbare pour allumer le feu, il utilise de l’essence…

Quand j’étais sur la route, nous avions rencontré beaucoup d’australiens qui voyageaient dans d’énormes camping-cars. Je les avais d’ailleurs beaucoup enviés lors de mes nuits frigorifiques. Une grande partie des australiens semblent passionnés par ces habitations mobiles. J’ai d’ailleurs un jour accompagné les Morrison à une foire dédiée au camping. Sans trop de surprise, j’y ai rencontré beaucoup d’Australiens moyens près à dépenser des fortunes dans des équipements complètement inutiles.

Cette fois je ne suis donc plus du côté des backpackers mais dans celui des authentiques australiens. Je vais dormir dans un camion aménagé pour y vivre et pour y transporter les chevaux. C’est encore mieux qu’un camping-car.

camion

Les enfants ont des chapeaux de cowboy. Ils observent le feu avec beaucoup d’attention. Moi je bois du rhum, ça me change du goon et c’est indiscutablement meilleur.

enfants_feu

L’alcool aidant j’ai l’impression d’avoir un anglais fluide. Étrangement je comprends plutôt bien la conversation. On aborde le sujet délicat des aborigènes. Les Morrison n’ont décidément rien à voir avec les Ibbott. Alors que la famille de Melbourne était de gauche, tendance plutôt bobo, cette famille-là m’a tout l’air d’être radicalement opposée. Quand je leur ai demandé quelle était, selon eux, la solution pour intégrer les aborigènes, Scott a répondu, sans trop plaisanter… qu’il fallait tous les buter. Voilà voilà, c’est ça le Queensland … Heureusement, Michaela est moins radicale.

drapeau

Je ne comprends pas vraiment pourquoi Michaela a besoin de moi. Elle a finalement beaucoup de mal à déléguer. Elle semble parfois un peu dépassée et perd trop de temps à réfléchir en quoi je peux l’aider. Je profite parfois qu’elle se repose pour ranger et laver la maison. Cuisiner et nettoyer sont deux activités auxquelles elle a renoncé… J’en suis donc arrivée à la conclusion que Micheala a juste besoin d’un adulte pour compagnie quand son mari n’est pas là. Scott m’a d’ailleurs dit un jour qu’elle était vraiment ravie que je sois là. Elle a bien compris que progresser en anglais était ma priorité et elle est d’une patience remarquable avec moi.

Mon travail ici consiste à faire des machines, étendre le linge, préparer le dîner, passer le balais, aller chercher les enfants en voiture après l’école, nettoyer l’écurie, aller chercher les œufs et donner à manger aux poules, aux chevaux et aux cochons. Nourrir ces derniers fut d’ailleurs une expérience assez traumatisante. Quand ils me voient arriver ils hurlent comme si on les égorgeait. Ils ont une force incroyable et escalader la clôture quand on a en face de soi des animaux hystériques est assez terrifiant. Souvent, ils ont déplacé leur gamelle au beau milieu de l’enclot. J’ai passé 20 bonnes minutes à essayer de la rapprocher avec une longue branche. J’ai fini par entrer dans l’enclot à mes risques et périls. J’en suis ressortie pleine de boue. Heureusement (malheureusement pour vous) je n’ai que cette photo pour illustrer la scène.

cochons

Michaela est très patiente avec ses enfants également. Bien plus que je ne pourrais l’être. J’ai cru devenir folle aujourd’hui en voyant Katy s’emparer d’un gâteau plein de crème fouettée et prendre un malin plaisir à en étaler partout sur le canapé. J’en ai touché deux mots à sa mère qui n’a pas eu l’air de s’alarmer beaucoup des filouteries de sa fille…

La ferme des Morisson est définitivement l’endroit rêvé pour les enfants. : libres d’aller où ils veulent, de découvrir le monde par eux-mêmes et d’y faire pleins de bêtises sans trop à y craindre d’être sévèrement réprimandés .

Publicités
Catégories : Queensland | 2 Commentaires

Navigation des articles

2 réflexions sur “La vie rêvée des enfants de Rockampton

  1. sabine

    Hi Aurelie!
    It sounds like you’re feeling better at ease with your English and that’s great! I am sure the time with this lovely family will be a great opportunity to learn even more conversational vocabulary.
    Here in Paris we also have had a very bad weather in August: it has been raining and cold. I hope we’ll have a kind of Indian summer soon.
    Keep on writing in this blog, even if I don’t post comment every time, it’s with a great pleasure that I read and follow your adventures ‘down under’. And maybe in a few weeks you will write your posts in English 😉
    Cheers!
    Sabine

    • Thanks you for your comment. I feel better in french to write my blog and everybody can’t read english easily. That’s why I am going to carry on to write in french. 🙂 I am very happy to know that you like my blog. It is a good motivation to write again. Are you going to have english courses again this year ? See ya !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :