La vie en auberge de jeunesse, au Reef, à Cairns

On a beau être à l’autre du monde, la routine s’installe tout le temps. Que l’on travaille ou pas, on finit toujours par structurer notre journée. On a besoin de repères, de s’accrocher au prévisible.

Au cours de la journée, on vit des petits moments de bonheur et de contrariétés. C’est finalement la même chose que partout ailleurs, peu importe le contexte.

Ça fait maintenant un peu plus d’un mois que je vis au Reef. L’auberge de jeunesse, ou le backpack, nous avait tout de suite plu. Elle n’est pas très grande, c’est donc plus facile pour sympathiser. On nous l’avait fait visiter et la salle commune nous avait tout de suite emballé. C’est une française qui nous avait accueillie. On aurait dû se douter que ça ne présagerait rien de bon pour l’immersion en anglais. Ce backpack héberge tout simplement une communauté de français. J’aurais dû partir dès le lendemain… Mais je suis restée. Moi qui m’étais jurée de les éviter pendant mon voyage. On peut créer de vrai lien avec des gens qui ne parlent pas la même langue, mais on est forcé de reconnaitre que ceux créés avec des francophones sont rapidement plus forts. On a plus la frustration de ne pas parvenir à exprimer ses idées. Les mots sont des transmetteurs à ressentiment. Il y a évidemment une part de paresse. L’acte fourni en venant en Australie nous semble déjà important, nous n’avons plus envie de nous infliger des difficultés. Évidemment j’ai tort de ne pas chercher à côtoyer plus d’anglophones. Surtout que certains français y parviennent très bien. C’est juste que parfois, on ne sait que dire pour sortir de l’ordinaire. En ce moment par exemple, une anglaise vient de s’asseoir à côté de moi. J’aimerais engager la conversation mais j’ai déjà abordé avec elle tous les sujets bateau. J’aimerais pouvoir la connaître un peu mieux mais je manque cruellement de vocabulaire.

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Nous avons donc recréé une sorte de famille. J’ai l’impression de revivre mes premières années étudiantes. Quand j’avais quitté le domicile familial et que je vivais en chambre dans une grande maison que je partageais avec des gens de tous horizons.

C’est la même chose ici, sauf que j’ai plus de maturité. Je sympathise avec des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer en France. On n’a des parcours scolaires et professionnels complètement différents, on n’a pas eu la même éducation, on n’est pas tous issus du même milieu social. Cette maison abrite un échantillon de la jeunesse française. J’ai parfois beaucoup d’aprioris à la première rencontre. Je pense à tort que jamais je ne pourrais m’entendre avec quelqu’un, qui bien souvent, se révèle être une personne pleine de bons sentiments. Même si elle semble «  grande gueule », hautaine, rivale, snobe, excentrique, frimeuse… Bien sûr parfois, les aprioris sont confirmés. Dans ces cas-là, je ne cherche pas à aller plus loin.

Je ne suis jamais seule. Tous les soirs on se retrouve à l’heure du repas, et ça dure jusqu’à très tard. On passe toujours de bons moments. Mon corps en revanche n’apprécie pas trop cette mauvaise hygiène de vie. Je me plaignais de celle que j’avais à Paris, celle que j’ai ici est pire. Je mange, je bois, je me couche tard… Aller se coucher tôt est inenvisageable car ça implique de quitter un moment agréable.

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Inévitablement, je sens que je grossis. Je n’ai pas de balance mais mes habits parlent à sa place. J’essaie de faire du sport régulièrement. Je vais courir le long de l’esplanade, je fais quelques brasses dans la piscine du backpack et j’ai eu l’occasion de participer gratuitement un cours de aquazumba.

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La motivation, m’abandonne souvent. Ce n’est pas évident lorsque l’on ne travaille pas. Les journées passent très vite. A 18h on fait le bilan de la journée, il n’est jamais vraiment glorieux. J’essaie pourtant d’avoir quelques occupations constructives. Je fais du sport donc, je cuisine, je refais mon CV, j’appelle mon agence d’intérim pour qu’ils me donnent des heures, j’écris dans ce blog, je prospecte pour la suite de mon voyage… Mais bien souvent, la seule sortie de la journée consiste à aller faire ses courses. Le reste du temps, on reste près de la piscine ou on s’avachit dans les banquettes du salon à buller.

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10313180_422280441243610_2041228864743269998_nBeaucoup prétendent chercher du travail. La flemme qui règne ici les gangrène tous, et les recherches ne sont pas très productives. Nous sommes tous un peu feignants, il n’y en a pas un pour motiver l’autre. On s’enfonce dans un excès de fainéantise. Je dois partir d’ici. Fuir l’oisiveté pour améliorer mon anglais et découvrir toutes les belles choses que j’ai encore à voir en Australie.

J’ai recréé mon petit territoire. Je partage ma chambre avec 5 autres filles et j’ai eu besoin de m’approprier un espace, autour et au-dessus de mon lit. Le désordre s’est vite répandu. Impossible de garder un semblant de rangement plus de deux jours. Je ne supporte pas qu’on s’aventure dans mon espace. Une allemande un jour s’y est aventurée pour étendre sa serviette sur le fil à au-dessus de mon lit. Je n’ai rien dit, mais je bouillonnais.

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2 semaines après mon arrivée, le backpack était plein. Il est loin le temps où j’avais ma chambre de 6 pour moi toute seule. J’ai eu la bonne idée d’arriver avant le flux de backpackers, je n’étais donc pas encore trop en concurrence avec eux pour trouver du travail. J’imagine facilement les hordes de backpackers passer toutes les 10 min dans les mêmes restaurants y déposer leur CV.

Depuis quelques jours ça se désempli progressivement. Les gens quittent Cairns car ils ne trouvent pas de travail. C’est ça aussi le backpack. Beaucoup de turn over. Ca va ça vient. On s’attache puis on doit se dire adieu. Ça se fait parfois dans les larmes. Certains repartent en France, et ils réalisent que l’aventure est finie pour eux. Alors que d’autres n’en sont qu’au début.

Aujourd’hui, c’est calme au backpack. Seul un petit noyau dur d’anciens est encore là, mais comme pour moi, plus pour très longtemps. J’espère partir la semaine prochaine… J’ai beau aimer la compagnie, j’ai besoin de me retrouver un peu toute seule. Rencontrer d’autres personnes, ne plus avoir d’autres choix que de parler anglais

Je ne supporte plus certaines petites choses du quotidien. Je ne serais plus obligée de me préparer le matin en tâtonnant mes affaires pour ne plus réveiller les autres, devoir prendre mon petit-déjeuner debout dans la cuisine car les tables de la salle sont collantes et couvertes de bouteilles de bière, chercher désespérément un mug et un bol propre pour boire mon thé et manger mes céréales, devoir sortir du frigo ma glacière, dans laquelle je ne suis pas à l’abri de retrouver mes yaourts éclatés dans le fond, passer 20 minutes à chercher ma glacière qui a encore été changé de place, être réveillée toutes les demi-heures pendant la nuit par les gens qui crient en bas… Les soirées se sont cependant calmées. Les directeurs sont intervenus plusieurs fois et les sanctions ont été dures. Les éléments perturbateurs ont été expulsés.

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Soirée moustaches avec Romain et Zac (qui a une vraie moustache)

Soirée moustaches avec Romain et Zac (qui a une vraie moustache)

Malgré tout ça, je sais déjà que j’aurais quand même un petit pincement au cœur quand je partirais d’ici. Je me suis attachée aux gens et j’ai l’impression d’appartenir à une tribu. Pour parvenir à quitter le nid, je pense à tout ce qui m’attend. Je suis impatiente de descendre la côte Est, et de continuer mon périple.

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Catégories : Cairns, Queensland | Poster un commentaire

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